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Le système de santépar: Christopher Moore |
Au dire de l'historien Michael Bliss, le déclin de la foi au 20e siècle est allé de pair avec un déclin dans l'espérance de vie des Canadiens, qui est passée de l'éternité à une centaine d'années ou moins. Est-ce là la raison pour laquelle nous tenons pour sacré le système public des soins de santé, le concevant en tant que protection principale contre notre hantise de la maladie, de l'incapacité, voire de la mort?
Jusqu'aux années 1950, les Canadiens payaient les soins de santé : en espèces, sous un régime d'assurances privées, ou avec l'aide d'organismes de bienfaisance. Dans la période prospère des années cinquante et soixante, les Canadiens qui avaient vécu les années difficiles de la Dépression et les sacrifices du temps de guerre, ont développé le goût et les moyens pour ce qu'on appelait "le filet de sécurité social", en d'autres mots : davantage de services publics, des pensions de vieillesse, l'assurance-chomâge, l'aide juridique, les droits syndicaux…et le système universel de soins de santé.
Deux hommes politiques et un juge ont joué un rôle principal dans la mise en œuvre du régime d'assurance-maladie. En 1962, Tommy Douglas, Premier ministre de la Saskatchewan, a mis sur pied le premier régime universel d'assurance maladie au Canada. Le juge Emmett Hall, aussi de la Saskatchewan, a présidé la Commission royale (1964–5) qui a jeté les bases du système national d'assurance maladie. Et c'était le gouvernement du Premier ministre Lester B. Pearson qui a négocié les accords fédéral-provinciaux et qui a voté les lois – dans un Parlement minoritaire – pour réaliser le système d'assurance maladie du Canada en 1966.
Aujourd'hui, les soins de santé demeurent la responsabilité des provinces. C'est ces dernières qui se chargent des installations médicales et qui gèrent les régimes d'assurances qui fondent les soins de santé. En échange de son soutien financier, le gouvernement fédéral exige que le système de soins de chaque province atteigne des critères uniformes de disponibilité, d'universalité, d'intégralité, de portabilité et d'efficacité administrative.
L'appétit des Canadiens pour les soins de santé, appétit qui va toujours en croissant, suscite des enjeux de coûts toujours en hausse, de rationnement de services et d'un désir de "non-participation" chez certains. Les gouvernements et le système juridique sont toujours à essayer de résoudre l'éternel problème, c'est-à-dire concevoir un système à la fois sans limites et abordable et qui demeure respectueux des droits de la personne. Mais, tout compte fait, autant on chicane au sujet de l'assurance-maladie, en moins de cinquante ans, la plupart des Canadiens le comptent parmi les avantages fondamentaux de la vie au Canada.
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