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Pierre Elliott Trudeaupar: J. L. Granatstein |
À la mort de Pierre Elliott Trudeau le 28 septembre, 2000, la réaction du public était vraiment sans précédent. Aucun autre homme politique, même pas Macdonald ou Laurier, n'avait jamais fait l'objet de telles louanges, n'avait jamais suscité de telles expressions de deuil national quoique, il faut l'admettre, le Québec ait été plus réservé. Pour un homme politique et un penseur défini par l'antinationalisme, c'était vraiment extraordinaire.
Trudeau se méfiait profondément du nationalisme québécois et, réciproquement, il était rondement détesté par les séparatistes et les intellectuels de cette province. Il s'inquiétait également des excès nationalistes chez le Canada anglais, mais cela dit, il limitait les investissements étrangers, ce qui ne faisait qu'alimenter le nationalisme. Trudeau craignait surtout que le nationalisme l'emporte sur les libertés de l'individu, et après une lutte acharnée, il a réussi à inscrire la Charte canadienne des droits et libertés dans la Constitution canadienne, qu'il a rapatriée en 1982. Ironiquement, bien des experts, de droite comme de gauche, critiquent cette Charte en tant qu'instrument qui permet aux juges de créer des loi et qui favorise l'américanisation du Canada. Bien plus de gens, cependant, applaudissent sa protection robuste des libertés individuelles.
Avocat et universitaire controversé, Trudeau est entré dans la politique en 1965 pour lutter contre l'élan séparatiste au Québec. Trois ans plus tard, il était notre Premier ministre charmant, appuyé par une vague de solidarité nationaliste. Mais en octobre 1970, Trudeau, champion des droits civils, s'est servi de l'armée pour écraser le terrorisme au Québec, et ce faisant, il a perdu un peu de son éclat. Il n'était pas non plus bon gestionnaire : ses gouvernements dépensiers ont cumulé des déficits énormes tout en négligeant les forces militaires. Il a tenu tête au gouvernement américain sur Cuba et sur la politique de la guerre froide; et parfois il semblait se rapproché des Soviétiques. Ses critiques ne lui pardonnent aucune de ces actions.
Néanmoins, parfaitement bilingue, plein d'assurance et très intelligent, Trudeau incarnait les caractéristiques auxquelles les Canadiens aspiraient. Il avait un sens du style, il était plein de sex-appeal, et son intelligence lui a creusé une place sur la scène internationale. Les historiens ne le rangent pas (encore) parmi les grands Premiers ministres pour son mandat de presque seize ans, mais les Canadiens, eux, lui donnent cet honneur sans hésitation.
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