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La fête du Canadapar: Rachel A. Qitsualik |
S'il y a une seule chose qui incarne l'âme canadienne, c'est le premier juillet, anniversaire de la Confédération, la date qu'on appelle maintenant la fête du Canada. C'est emblématique, non pas en raison de l'aspect réjouissant de la fête, mais plutôt à cause de son évolution. Si l'on trace l'histoire de la fête du Canada, on découvre l'essence même de la naissance et de la maturation du nationalisme canadien.
On dirait que cette "naissance" aurait été la proclamation prononcée en 1868 par le Gouverneur général Lord Monck, qui encourageait les Canadiens à célébrer . . .bon, à célébrer leur ‘canadienneté'. En creusant dans les annales des années subséquentes, que dalle; la proclamation n'a suscité que des ronflements. Rien de surprenant là, étant donné que la plupart des "Canadiens" à l'époque se voyaient comme des Britanniques; les Français avaient leur propre culture bien à eux, et les Autochtones, quant à eux, étaient toujours aux prises avec l'idée qu'ils n'avaient plus le droit d'habiter leurs propres terres.
Ce n'était qu'en 1917 que le gouvernement fédéral a fêté le jour proposé, et ce n'était là qu'un geste pour commémorer le jubilé de la Confédération. La Colline du Parlement a attendu jusqu'à 1958, soit 90 ans après Monck, pour présenter de vraies célébrations de la fête du Dominion, accompagnées de feux d'artifice et de défilés. Bref, cela en dit long sur la lente germination d'enthousiasme chez le peuple canadien, toujours un peu suspicieux des nouveaux concepts.
On en saurait gré à la télévision (les années soixante) et aux tendances dépensières d'Ottawa (les années quatre-vingt) pour la version courante de la fête du Canada. L'argent enfin arrivé aux provinces et aux territoires pour monter des célébrations locales, la fête du Dominion a commencé à prendre sa forme moderne; en d'autres mots, le "peuple" l'a enfin accueillie, l'a baptisée "la fête du Canada" (nom officiel depuis ‘82) et l'a imprégnée d'une texture nationale véritable. Aujourd'hui, la fête du Canada connaît un âge d'or, traversée de filières multiculturelles qui nous sont belles, chères et valables. C'est aussi le seul endroit dans les centres urbains où chaque année on voit des mets chinois sont servis à côté d'un souvlaki grec.
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