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Les chutes du Niagarapar: Dave Bidini |
Dans un passé lointain, un grand trou s'est ouvert sur la frontière canado-américaine, et en un clin d'œil, semble-t-il, on a vu naître des musées de cire, des pavillons abritant des femmes à barbe, des manèges vingt-cinq sous pour les enfants, des kiosques à hot-dogs, d'un bout à l'autre des avenues longeant le grand trou. Et le grand trou faisait couler des milliers de gallons d'eau fraîche et écumeuse de ses falaises. Sur ces dernières on voyait parfois un type fabuleusement dérangé, vêtu de rouge flamboyant ou de bleu vif, voire d'une tenue de soirée, sondant son cœur de casse-cou avant de s'enfermer en tout espoir (ou en toute folie) dans un baril ou un autre machin du genre et se lancer vers le lac tourbillonné en bas, en espérant de ne pas entrer en collision avec le célèbre bateau qui figure dans les photos et les vidéos de noces depuis la nuit des temps—le bateau d'excursion Maid of the Mist—souillon de la huitième merveille du monde, indisciplinée comme elle est, pôle d'attraction pour fugueurs éblouis, touristes punjabis, racoleurs douteux et joueurs affligés, victimes de la panoplie de casinos qui domine le paysage. Pensons aux beaux jours d'antan, quand il n'y avait que la grande cascade, ornée d'arbres perpendiculaires qui s'accrochaient courageusement aux falaises déchiquetées, les beaux jours avant l'arrivée des panneaux d'affichage à néon, des exhibitions de monstres et des super-héros, quand Lourdes-de-chez-nous était tout près, quand on avait la magnificence dans son arrière-cour, la chance de goûter à la splendeur du monde pendant une fin de semaine annuelle dans une pension, tv couleur, piscine chauffée et petit-déjeuner compris.
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