![]() |
La feuille d'érablepar: Tomson Highway |
Dans le Manitoba subarctique d'où je viens, il n'y a pas d'érables. Dans le Sud du Manitoba, oui, il y en a, des érables du Manitoba, c'est-à-dire non pas l'érable à sucre, dont le feuillage devient d'un rouge flamboyant en automne. Dans le Grand Nord d'où je viens, parmi les feuillus, nous n'avons que le bouleau, le peuplier et le saule, des arbres dont le feuillage devient jaune, orange ou brun en automne, mais pas rouge.
Plus tard dans la vie, je me trouvais à l'University of Western Ontario à London pour faire des études en musique et en langues étrangères (dans mon cas, l'anglais!). Je suis arrivé dans l'Est du Canada vers la fin de l'été et cet automne-là, un matin parfait, frais et ensoleillé, je traversais le parc pour arriver au campus, un chemin que je ne prenais quasiment jamais.
Alors me voilà qui marche. Je marche et je marche et je me perds dans la réflexion; je ne remarque personne; je ne me rends pas compte de la circulation des voitures; je bloque tout sauf les pensées qui s'entassent dans mon esprit. Soudain, je me trouve en face d'un érable à sucre, magnifique, gigantesque. Aux yeux de quelqu'un élevé aux alentours de la limite forestière, cet arbre n'était rien moins qu'énorme. Le feuillage était d'un rouge tellement vif que j'avais mal aux yeux à le regarder. Et faute de nuages dans le ciel limpide, les rayons de soleil y tombaient en toute luminosité, sans interruption. La brise qui traversait le filigrane feuillu faisait trembler, frissonner, scintiller les feuilles, qui semblaient chuchoter quelque chose.
Je restais bouche bée. Jamais de ma vie je n'avais vu rien de la sorte. Et c'était à ce moment précis, quand j'avais 22 ans, il y a quelque trente ans maintenant, que je suis devenu Ontarien à vie. J'y suis resté et j'y mourrai probablement, dans ce chalet dans le Nord de l'Ontario, entouré du scintillement et du chuchotement des feuilles écarlates des érables à sucre.
Suivant







